![Du 6 septembre au 7 septembre 1881.
Partie de campagne à Coladoun. — [minars djonbouns ] Les minarets tremblants *. — Puits d’arrosage. — Culture autour d’Ispahan : tabac,coton. — Amendements donnés aux terres. — Les voitures en Perse.
* Les minarets tremblants. Marcel [Dieulafoy] fait l’expert.
Qui ne connaît en Perse, au moins de réputation, les minars djonbouns (minarets tremblants) ? […]De chaque côté de la baie s’élèvent les minarets; un gardien monte au sommet de l’un d’eux et imprime de ses mains de violentes secousses à la muraille. Sous ses efforts réitérés la tour oscille sur elle-même et transmet son mouvement à sa voisine. Quand l’action extérieure cesse, la construction reprend peu à peu son équilibre.
En présence de ce phénomène vraiment étrange, les musulmans ont crié au miracle et prétendu que le saint personnage enseveli dans le tombeau s’agitait et mettait l’édifice en mouvement ; les philosophes persans ont fait ouvrir le sarcophage et se sont assurés de visu de l’immobilité du mort. Le cas devenant très grave, les savants européens s’en sont mêlés et ont déclaré que les tours étaient construites à l’extrémité d’une pièce de bois horizontale posée en équilibre sur l’extrados de la voûte. L’explication n’est guère plausible, car en ce cas le mouvement d’oscillation se compliquerait d’un mouvement de translation de haut en bas. Il n’est pas d’ailleurs de pièce de bois assez solide pour supporter sans se rompre un poids aussi considérable que celui des minarets.
En reconnaissant au premier coup d’oeil l’âge d’une mosquée ou d’un monument, Marcel s’est fait depuis notre entrée en Perse une réputation d’oracle : nous ne sommes pas passés dans une grande ville, nous n’avons pas assisté à une seule réception, sans qu’on lui ait demandé d’expliquer les mouvements des minars djonboims. Il a refusé de se prononcer avant d’avoir vu ces édifices, mais aujourd’hui il peut faire connaître librement sa pensée, car, si la classe pauvre et surtout les femmes persanes croient aux miracles, les gens instruits, à part leur confiance dans l’astrologie judiciaire, se montrent fort incrédules.
Après avoir examiné avec soin le monument, Marcel constate que les deux tours, d’ailleurs fort légères, sont raidies par une pièce de bois noyée dans le giron de l’escalier. Chaque minaret, étant planté sur une sorte de crapaudine, peut décrire des oscillations de très faible amplitude autour de son axe vertical. Ces oscillations, perceptibles seulement au sommet, déterminent une série de chocs sur le tympan MN de la voussure, chocs qui se répercutent sur la tour B. Sous cette influence, le minaret B entre lui-même en mouvement, tandis que les maçonneries du tympan restent immobiles ; c’est, on le voit, l’application fortuite d’un théorème de mécanique élémentaire. L’amplitude des oscillations répercutées est d’ailleurs beaucoup plus faible que celles décrites par la tour A, sur laquelle on agit directement. Un fait nouveau tendrait à prouver l’exactitude de ce raisonnement : une personne placée en D, à la base de l’arcature, reçoit dans le dos, pendant toute la durée de l’expérience, des chocs semblables à ceux qu’elle percevrait si l’on ébranlait à coups de bélier la paroi extérieure. de la muraille. Ce phénomène ne se produirait pas si, au lieu d’osciller autour de leur axe, les tours étaient soumises à un mouvement de translation verticale.
Dans ce dernier cas il n’y aurait pas seulement des fissures en M et en N, mais des lézardes horizontales, divisant en deux tronçons le fût cylindrique des minarets. Or il est facile de vérifier que leur maçonnerie n’est interrompue en aucun point.
chapitre 15
Découvrez l’expo en ligne sur les sociétés de Géographie à la Bibliothèque de Toulouse](http://25.media.tumblr.com/tumblr_lsaa38s2bq1r2xjqpo1_r1_250.jpg)
Du 6 septembre au 7 septembre 1881.
Partie de campagne à Coladoun. — [minars djonbouns ] Les minarets tremblants *. — Puits d’arrosage. — Culture autour d’Ispahan : tabac,coton. — Amendements donnés aux terres. — Les voitures en Perse.
* Les minarets tremblants. Marcel [Dieulafoy] fait l’expert.
Qui ne connaît en Perse, au moins de réputation, les minars djonbouns (minarets tremblants) ? […]De chaque côté de la baie s’élèvent les minarets; un gardien monte au sommet de l’un d’eux et imprime de ses mains de violentes secousses à la muraille. Sous ses efforts réitérés la tour oscille sur elle-même et transmet son mouvement à sa voisine. Quand l’action extérieure cesse, la construction reprend peu à peu son équilibre.
En présence de ce phénomène vraiment étrange, les musulmans ont crié au miracle et prétendu que le saint personnage enseveli dans le tombeau s’agitait et mettait l’édifice en mouvement ; les philosophes persans ont fait ouvrir le sarcophage et se sont assurés de visu de l’immobilité du mort. Le cas devenant très grave, les savants européens s’en sont mêlés et ont déclaré que les tours étaient construites à l’extrémité d’une pièce de bois horizontale posée en équilibre sur l’extrados de la voûte. L’explication n’est guère plausible, car en ce cas le mouvement d’oscillation se compliquerait d’un mouvement de translation de haut en bas. Il n’est pas d’ailleurs de pièce de bois assez solide pour supporter sans se rompre un poids aussi considérable que celui des minarets.
En reconnaissant au premier coup d’oeil l’âge d’une mosquée ou d’un monument, Marcel s’est fait depuis notre entrée en Perse une réputation d’oracle : nous ne sommes pas passés dans une grande ville, nous n’avons pas assisté à une seule réception, sans qu’on lui ait demandé d’expliquer les mouvements des minars djonboims. Il a refusé de se prononcer avant d’avoir vu ces édifices, mais aujourd’hui il peut faire connaître librement sa pensée, car, si la classe pauvre et surtout les femmes persanes croient aux miracles, les gens instruits, à part leur confiance dans l’astrologie judiciaire, se montrent fort incrédules.
Après avoir examiné avec soin le monument, Marcel constate que les deux tours, d’ailleurs fort légères, sont raidies par une pièce de bois noyée dans le giron de l’escalier. Chaque minaret, étant planté sur une sorte de crapaudine, peut décrire des oscillations de très faible amplitude autour de son axe vertical. Ces oscillations, perceptibles seulement au sommet, déterminent une série de chocs sur le tympan MN de la voussure, chocs qui se répercutent sur la tour B. Sous cette influence, le minaret B entre lui-même en mouvement, tandis que les maçonneries du tympan restent immobiles ; c’est, on le voit, l’application fortuite d’un théorème de mécanique élémentaire. L’amplitude des oscillations répercutées est d’ailleurs beaucoup plus faible que celles décrites par la tour A, sur laquelle on agit directement. Un fait nouveau tendrait à prouver l’exactitude de ce raisonnement : une personne placée en D, à la base de l’arcature, reçoit dans le dos, pendant toute la durée de l’expérience, des chocs semblables à ceux qu’elle percevrait si l’on ébranlait à coups de bélier la paroi extérieure. de la muraille. Ce phénomène ne se produirait pas si, au lieu d’osciller autour de leur axe, les tours étaient soumises à un mouvement de translation verticale.
Dans ce dernier cas il n’y aurait pas seulement des fissures en M et en N, mais des lézardes horizontales, divisant en deux tronçons le fût cylindrique des minarets. Or il est facile de vérifier que leur maçonnerie n’est interrompue en aucun point.
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![du 16 août au 21 août 1881
Arrivée à Ispahan. — Tchaar-Bag. — Djoulfa. — Le couvent des Mékitaristes. — Le P. Pascal Arakélian. — Origine de la colonie arménienne. — Destruction de Djoulfa sur l’Araxe. — Établissement des Arméniens dans l’Irak. — Un dimanche à Djoulfa. — L’évêque schismatique et son clergé. — Les Soeurs de Sainte-Catherine. — La préparation de l’opium* . — Une noce arménienne.
* La préparation de l’opium Nous avons visité hier la fabrique d’opium de M. Coflignon. Les sucs recueillis autour des incisions faites aux capsules du pavot sont apportés dans des bassins de cuivre et traités de deux manières différentes, suivant qu’ils doivent être employés à des préparations pharmaceutiques ou fumés. Dans le premier cas, on se contente, après avoir fait évaporer l’eau contenue dans le sirop, d’étendre l’opium sur des planches avec des lames de fer très plates; puis, quand il est réduit en pâte et débarrassé des matières étrangères, on le divise en boules d’égal volume, qu’on laisse sécher sur de la paille avant de les envoyer en Angleterre ou en Hollande. Quand, au contraire, l’opium est destiné aux fumeurs, les ouvriers le nettoient, le pétrissent comme l’opium pharmaceutique et le mélangent ensuite avec une certaine quantité d’huile destinée à faciliter sa combustion. Après avoir amalgamé soigneusement ces deux matières en les foulant aux pieds comme de la vendange, on les repasse de nouveau sous le couteau, de manière à éliminer le liquide excédant et à donner, par une dernière manipulation, une plus grande finesse à la pâte. Les boules sont ensuite expédiées en Chine, aux Indes, ou vendues en cachette à quelques Persans. La culture du pavot est une grande source de revenus pour la campagne d’Ispahan, qui produit des sirops de première qualité. Pris sur le lieu de production, l’opium se vend déjà à un prix très élevé ; une boule coûte une livre anglaise, et une charge de mulet vaut de cinq à six mille francs.[environ 22 0000 € en valeur du franc en 1910 ]
Chapitre 12](http://25.media.tumblr.com/tumblr_ls8hpfK5lC1r2xjqpo1_250.jpg)




![Du 8 au 13 mai 1881
Une maison à Azimabad. — Effets de mirage. — Arrivée à Kazbin. — Abambar (réservoir). — Le chahzadclè de Kazbin. — Superstitions. — Masdjed djouma de Kazbin. — Mystères de Houssein. — [Un chemin de fer qui vaut de l’or] - Imamzaddè Houssein. — [mirage *] Départ de Kazbin. — Arrivée à Téhéran.
* Mirage La carte est déployée ; elle ne comporte aucune indication de nature à nous éclairer. Cependant , plus on avance, plus les eaux paraissent s’étendre sur la droite. Une forêt d’abord inaperçue s’élève derrière ce rempart aquatique : je pousse mon cheval mais le lac semble fuir devant moi ; les arbres revêtent des formes qui paraissent se modifier suivant le caprice d’une imagination en délire ; pendant plus d’un quart d’heure cette illusion de mes sens persiste, et les miroitements des rayons brûlants du soleil sur les ondes tranquilles éblouissent mes yeux ; puis tout-à-coup lacs et forêts disparaissent comme sous l’influence d’une baguette magique.
C’était un mirage.
Chapitre 6](http://25.media.tumblr.com/tumblr_lrrd3suKr51r2xjqpo1_250.jpg)
