Du 6 septembre au 7 septembre 1881.
Partie de campagne à Coladoun. —  [minars djonbouns ] Les minarets tremblants *. — Puits d’arrosage. — Culture autour d’Ispahan : tabac,coton. — Amendements donnés aux terres. — Les voitures en Perse.
* Les minarets tremblants. Marcel [Dieulafoy] fait l’expert.
Qui ne connaît en Perse, au moins de réputation, les minars djonbouns (minarets tremblants) ? […]De chaque côté de la baie s’élèvent les minarets; un gardien monte au sommet de l’un d’eux et imprime de ses mains de violentes secousses à la muraille. Sous ses efforts réitérés la tour oscille sur elle-même et transmet son mouvement à sa voisine. Quand l’action extérieure cesse, la construction reprend peu à peu son équilibre.
En présence de ce phénomène vraiment étrange, les musulmans ont crié au miracle et prétendu que le saint personnage enseveli dans le tombeau s’agitait et mettait l’édifice en mouvement ; les philosophes persans ont fait ouvrir le sarcophage et se sont assurés de visu de l’immobilité du mort. Le cas devenant très grave, les savants européens s’en sont mêlés et ont déclaré que les tours étaient construites à l’extrémité d’une pièce de bois horizontale posée en équilibre sur l’extrados de la voûte. L’explication n’est guère plausible, car en ce cas le mouvement d’oscillation se compliquerait d’un mouvement de translation de haut en bas. Il n’est pas d’ailleurs de pièce de bois assez solide pour supporter sans se rompre un poids aussi considérable que celui des minarets.
 En reconnaissant au premier coup d’oeil l’âge d’une mosquée ou d’un monument, Marcel s’est fait depuis notre entrée en Perse une réputation d’oracle : nous ne sommes pas passés dans une grande ville, nous n’avons pas assisté à une seule réception, sans qu’on lui ait demandé d’expliquer les mouvements des minars djonboims. Il a refusé de se prononcer avant d’avoir vu ces édifices, mais aujourd’hui il peut faire connaître librement sa pensée, car, si la classe pauvre et surtout les femmes persanes croient aux miracles, les gens instruits, à part leur confiance dans l’astrologie judiciaire, se montrent fort incrédules.
 Après avoir examiné avec soin le monument, Marcel constate que les deux tours, d’ailleurs fort légères, sont raidies par une pièce de bois noyée dans le giron de l’escalier. Chaque minaret, étant planté sur une sorte de crapaudine, peut décrire des oscillations de très faible amplitude autour de son axe vertical. Ces oscillations, perceptibles seulement au sommet, déterminent une série de chocs sur le tympan MN de la voussure, chocs qui se répercutent sur la tour B. Sous cette influence, le minaret B entre lui-même en mouvement, tandis que les maçonneries du tympan restent immobiles ; c’est, on le voit, l’application fortuite d’un théorème de mécanique élémentaire. L’amplitude des oscillations répercutées est d’ailleurs beaucoup plus faible que celles décrites par la tour A, sur laquelle on agit directement. Un fait nouveau tendrait à prouver l’exactitude de ce raisonnement : une personne placée en D, à la base de l’arcature, reçoit dans le dos, pendant toute la durée de l’expérience, des chocs semblables à ceux qu’elle percevrait si l’on ébranlait à coups de bélier la paroi extérieure. de la muraille. Ce phénomène ne se produirait pas si, au lieu d’osciller autour de leur axe, les tours étaient soumises à un mouvement de translation verticale.
Dans ce dernier cas il n’y aurait pas seulement des fissures en M et en N, mais des lézardes horizontales, divisant en deux tronçons le fût cylindrique des minarets. Or il est facile de vérifier que leur maçonnerie n’est interrompue en aucun point.
chapitre 15 
Découvrez l’expo en ligne sur les sociétés de Géographie à la Bibliothèque de Toulouse

Du 6 septembre au 7 septembre 1881.

Partie de campagne à Coladoun. —  [minars djonbouns ] Les minarets tremblants *. — Puits d’arrosage. — Culture autour d’Ispahan : tabac,coton. — Amendements donnés aux terres. — Les voitures en Perse.

* Les minarets tremblants. Marcel [Dieulafoy] fait l’expert.

Qui ne connaît en Perse, au moins de réputation, les minars djonbouns (minarets tremblants) ? […]De chaque côté de la baie s’élèvent les minarets; un gardien monte au sommet de l’un d’eux et imprime de ses mains de violentes secousses à la muraille. Sous ses efforts réitérés la tour oscille sur elle-même et transmet son mouvement à sa voisine. Quand l’action extérieure cesse, la construction reprend peu à peu son équilibre.

En présence de ce phénomène vraiment étrange, les musulmans ont crié au miracle et prétendu que le saint personnage enseveli dans le tombeau s’agitait et mettait l’édifice en mouvement ; les philosophes persans ont fait ouvrir le sarcophage et se sont assurés de visu de l’immobilité du mort. Le cas devenant très grave, les savants européens s’en sont mêlés et ont déclaré que les tours étaient construites à l’extrémité d’une pièce de bois horizontale posée en équilibre sur l’extrados de la voûte. L’explication n’est guère plausible, car en ce cas le mouvement d’oscillation se compliquerait d’un mouvement de translation de haut en bas. Il n’est pas d’ailleurs de pièce de bois assez solide pour supporter sans se rompre un poids aussi considérable que celui des minarets.

 En reconnaissant au premier coup d’oeil l’âge d’une mosquée ou d’un monument, Marcel s’est fait depuis notre entrée en Perse une réputation d’oracle : nous ne sommes pas passés dans une grande ville, nous n’avons pas assisté à une seule réception, sans qu’on lui ait demandé d’expliquer les mouvements des minars djonboims. Il a refusé de se prononcer avant d’avoir vu ces édifices, mais aujourd’hui il peut faire connaître librement sa pensée, car, si la classe pauvre et surtout les femmes persanes croient aux miracles, les gens instruits, à part leur confiance dans l’astrologie judiciaire, se montrent fort incrédules.

 Après avoir examiné avec soin le monument, Marcel constate que les deux tours, d’ailleurs fort légères, sont raidies par une pièce de bois noyée dans le giron de l’escalier. Chaque minaret, étant planté sur une sorte de crapaudine, peut décrire des oscillations de très faible amplitude autour de son axe vertical. Ces oscillations, perceptibles seulement au sommet, déterminent une série de chocs sur le tympan MN de la voussure, chocs qui se répercutent sur la tour B. Sous cette influence, le minaret B entre lui-même en mouvement, tandis que les maçonneries du tympan restent immobiles ; c’est, on le voit, l’application fortuite d’un théorème de mécanique élémentaire. L’amplitude des oscillations répercutées est d’ailleurs beaucoup plus faible que celles décrites par la tour A, sur laquelle on agit directement. Un fait nouveau tendrait à prouver l’exactitude de ce raisonnement : une personne placée en D, à la base de l’arcature, reçoit dans le dos, pendant toute la durée de l’expérience, des chocs semblables à ceux qu’elle percevrait si l’on ébranlait à coups de bélier la paroi extérieure. de la muraille. Ce phénomène ne se produirait pas si, au lieu d’osciller autour de leur axe, les tours étaient soumises à un mouvement de translation verticale.

Dans ce dernier cas il n’y aurait pas seulement des fissures en M et en N, mais des lézardes horizontales, divisant en deux tronçons le fût cylindrique des minarets. Or il est facile de vérifier que leur maçonnerie n’est interrompue en aucun point.

chapitre 15 

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Du 2 septembre au 5 septembre 1881
Les jardins de l’évêché*. — Le clergé grégorien. — L’andéroun de hadji Houssein.— Souvenirs de voyage d’une Persane à Moscou. — La tour à signaux.— Lettre du chahzaddè Zellè sultan.
* Les jardins de l’évêché. Faire du vin :
Les Arméniens entendent aussi bien la culture de la vigne que la fabrication du vin. Ils font monter les ceps le long de treillages formant des tonnelles plates, étendent les sarments sur des claies assez larges pour laisser passer la grappe au moment de sa formation, et lui permettent ainsi de se développer tout à l’aise à l’intérieur de la tonnelle. Le raisin, abrité des rayons du soleil par les feuilles demeurées au-dessus du clayonnage, et maintenu à une assez grande distance du sol pour n’être point brûlé par la chaleur rayonnante, atteint parfois jusqu’à quarante centimètres de longueur; son grain est gros, couvert d’une peau fine, et clairsemé sur la grappe. Quand j’ai goûté à ce fruit exquis, j’ai cru me retrouver encore dans les huertas de Murcie ou de Malaga. Les Arméniens ne coupent le raisin que lorsqu’il est arrivé à complète maturité; les vendanges faites, il est égrappé, foulé et mis à fermenter; après la décuvaison on fait cuire le vin afin qu’il puisse traverser sans danger les fortes chaleurs de l’été, puis on le mélange à des matières destinées à le rendre plus excitant, la meilleure de toutes les boissons, au goût des Persans, étant celle qui amène le plus tôt le buveur à un état d’ivresse agréable.
Chapitre 14 

Du 2 septembre au 5 septembre 1881

Les jardins de l’évêché*. — Le clergé grégorien. — L’andéroun de hadji Houssein.— Souvenirs de voyage d’une Persane à Moscou. — La tour à signaux.— Lettre du chahzaddè Zellè sultan.

* Les jardins de l’évêché. Faire du vin :

Les Arméniens entendent aussi bien la culture de la vigne que la fabrication du vin. Ils font monter les ceps le long de treillages formant des tonnelles plates, étendent les sarments sur des claies assez larges pour laisser passer la grappe au moment de sa formation, et lui permettent ainsi de se développer tout à l’aise à l’intérieur de la tonnelle. Le raisin, abrité des rayons du soleil par les feuilles demeurées au-dessus du clayonnage, et maintenu à une assez grande distance du sol pour n’être point brûlé par la chaleur rayonnante, atteint parfois jusqu’à quarante centimètres de longueur; son grain est gros, couvert d’une peau fine, et clairsemé sur la grappe. Quand j’ai goûté à ce fruit exquis, j’ai cru me retrouver encore dans les huertas de Murcie ou de Malaga. Les Arméniens ne coupent le raisin que lorsqu’il est arrivé à complète maturité; les vendanges faites, il est égrappé, foulé et mis à fermenter; après la décuvaison on fait cuire le vin afin qu’il puisse traverser sans danger les fortes chaleurs de l’été, puis on le mélange à des matières destinées à le rendre plus excitant, la meilleure de toutes les boissons, au goût des Persans, étant celle qui amène le plus tôt le buveur à un état d’ivresse agréable.

Chapitre 14 

du 16 août au 21 août 1881
Arrivée à Ispahan. — Tchaar-Bag. — Djoulfa. — Le couvent des Mékitaristes. — Le P. Pascal Arakélian. — Origine de la colonie arménienne. — Destruction de Djoulfa sur l’Araxe. — Établissement des Arméniens dans l’Irak. — Un dimanche à Djoulfa. — L’évêque schismatique et son clergé. — Les Soeurs de Sainte-Catherine. — La préparation de l’opium* . — Une noce arménienne.
* La préparation de l’opium Nous avons visité hier la fabrique d’opium de M. Coflignon. Les sucs recueillis autour des incisions faites aux capsules du pavot sont apportés dans des bassins de cuivre et traités de deux manières différentes, suivant qu’ils doivent être employés à des préparations pharmaceutiques ou fumés. Dans le premier cas, on se contente, après avoir fait évaporer l’eau contenue dans le sirop, d’étendre l’opium sur des planches avec des lames de fer très plates; puis, quand il est réduit en pâte et débarrassé des matières étrangères, on le divise en boules d’égal volume, qu’on laisse sécher sur de la paille avant de les envoyer en Angleterre ou en Hollande. Quand, au contraire, l’opium est destiné aux fumeurs, les ouvriers le nettoient, le pétrissent comme l’opium pharmaceutique et le mélangent ensuite avec une certaine quantité d’huile destinée à faciliter sa combustion. Après avoir amalgamé soigneusement ces deux matières en les foulant aux pieds comme de la vendange, on les repasse de nouveau sous le couteau, de manière à éliminer le liquide excédant et à donner, par une dernière manipulation, une plus grande finesse à la pâte. Les boules sont ensuite expédiées en Chine, aux Indes, ou vendues en cachette à quelques Persans. La culture du pavot est une grande source de revenus pour la campagne d’Ispahan, qui produit des sirops de première qualité. Pris sur le lieu de production, l’opium se vend déjà à un prix très élevé ; une boule coûte une livre anglaise, et une charge de mulet vaut de cinq à six mille francs.[environ 22 0000 € en valeur du franc en 1910 ]
Chapitre 12 

du 16 août au 21 août 1881

Arrivée à Ispahan. — Tchaar-Bag. — Djoulfa. — Le couvent des Mékitaristes. — Le P. Pascal Arakélian. — Origine de la colonie arménienne. — Destruction de Djoulfa sur l’Araxe. — Établissement des Arméniens dans l’Irak. — Un dimanche à Djoulfa. — L’évêque schismatique et son clergé. — Les Soeurs de Sainte-Catherine. — La préparation de l’opium* . — Une noce arménienne.

* La préparation de l’opium Nous avons visité hier la fabrique d’opium de M. Coflignon. Les sucs recueillis autour des incisions faites aux capsules du pavot sont apportés dans des bassins de cuivre et traités de deux manières différentes, suivant qu’ils doivent être employés à des préparations pharmaceutiques ou fumés. Dans le premier cas, on se contente, après avoir fait évaporer l’eau contenue dans le sirop, d’étendre l’opium sur des planches avec des lames de fer très plates; puis, quand il est réduit en pâte et débarrassé des matières étrangères, on le divise en boules d’égal volume, qu’on laisse sécher sur de la paille avant de les envoyer en Angleterre ou en Hollande. Quand, au contraire, l’opium est destiné aux fumeurs, les ouvriers le nettoient, le pétrissent comme l’opium pharmaceutique et le mélangent ensuite avec une certaine quantité d’huile destinée à faciliter sa combustion. Après avoir amalgamé soigneusement ces deux matières en les foulant aux pieds comme de la vendange, on les repasse de nouveau sous le couteau, de manière à éliminer le liquide excédant et à donner, par une dernière manipulation, une plus grande finesse à la pâte. Les boules sont ensuite expédiées en Chine, aux Indes, ou vendues en cachette à quelques Persans. La culture du pavot est une grande source de revenus pour la campagne d’Ispahan, qui produit des sirops de première qualité. Pris sur le lieu de production, l’opium se vend déjà à un prix très élevé ; une boule coûte une livre anglaise, et une charge de mulet vaut de cinq à six mille francs.[environ 22 0000 € en valeur du franc en 1910 ]

Chapitre 12 

Du  6 août au 15 août 1881
Phénomène électrique dans le désert de Koum. — Arrivée à Nasrabad. — Les caravansérails. — Kachan. — Le caravansérail Neuf. — Le bazar. — Minaret penché. —Aspect de la ville. — L’entrée de la masdjed djouma. — Visite du gouverneur. — Les mariages temporaires. — La mosquée Meïdan. — Le mihrab à reflets. — Les dames persanes. — Le palais de Bag-i-Fin. — Mirza Taguy khan. — Sa mort. — Départ de Kachan. — les poissons sacrés*. -La montagne de Korout.
* les poissons sacrés “… Je cherche en vain le lien mystérieux qui peut unir des carpes à la peau tannée d’un vieux général persan. Seul le prince Zellè sultan, en véritable sceptique, s’est hasardé à faire frire les poissons sacrés ; par privilège spécial il a échappé à la mort, mais le sort de l’un de ses serviteurs coupable d’avoir goûté, lui aussi, aux débris de ce régal, a été moins heureux. Ce pauvre garçon fut trouvé mort, la tête trouée d’une balle, une heure après son repas. Désarmés en face du chahzaddè, les moflahs avaient fait assassiner son domestique, car les musulmans fanatiques n’hésitent jamais à commettre un crime quand il s’agit de réveiller la foi endormie des fidèles. ” Les poissons se sont vengés eux-mêmes “, répéta-t-on dans le pays. (Autant valait dire qu’un de ces animaux avait maintenu le fusil avec ses nageoires et avait tiré le coup.) Quoi qu’il en soit, nul ne trouva surnaturelle cette histoire à dormir debout, et l’affaire n’eut pas de suite.

Chapitre 11

Du  6 août au 15 août 1881

Phénomène électrique dans le désert de Koum. — Arrivée à Nasrabad. — Les caravansérails. — Kachan. — Le caravansérail Neuf. — Le bazar. — Minaret penché. —Aspect de la ville. — L’entrée de la masdjed djouma. — Visite du gouverneur. — Les mariages temporaires. — La mosquée Meïdan. — Le mihrab à reflets. — Les dames persanes. — Le palais de Bag-i-Fin. — Mirza Taguy khan. — Sa mort. — Départ de Kachan. — les poissons sacrés*. -La montagne de Korout.

* les poissons sacrés “… Je cherche en vain le lien mystérieux qui peut unir des carpes à la peau tannée d’un vieux général persan. Seul le prince Zellè sultan, en véritable sceptique, s’est hasardé à faire frire les poissons sacrés ; par privilège spécial il a échappé à la mort, mais le sort de l’un de ses serviteurs coupable d’avoir goûté, lui aussi, aux débris de ce régal, a été moins heureux. Ce pauvre garçon fut trouvé mort, la tête trouée d’une balle, une heure après son repas. Désarmés en face du chahzaddè, les moflahs avaient fait assassiner son domestique, car les musulmans fanatiques n’hésitent jamais à commettre un crime quand il s’agit de réveiller la foi endormie des fidèles. ” Les poissons se sont vengés eux-mêmes “, répéta-t-on dans le pays. (Autant valait dire qu’un de ces animaux avait maintenu le fusil avec ses nageoires et avait tiré le coup.) Quoi qu’il en soit, nul ne trouva surnaturelle cette histoire à dormir debout, et l’affaire n’eut pas de suite.

Chapitre 11

du 26 juillet au 5 août 1881
La digue de Saveh. — Les tarentules. — Les fonctionnaires persans. — Entrée à Avah. — Visite à une dame persane. - Voyage dans le désert. — Arrivée à Koum. — Panorama de la ville. ~ Plan d’un andéroun. — Le gouverneur de la ville. Tombeau de Fatma. — Tombeaux des cheikhs. — Concert de rossignols *.
Les rossignols En l’honneur de notre dernière visite, le prince a organisé une ravissante fête de nuit. Au milieu d’un jardin brillamment éclairé s’ébat un troupeau de gazelles apprivoisées, tandis qu’une cage enveloppée d’un voile noir est suspendue aux branches d’un arbre. Un serviteur la découvre, le rossignol qu’elle renferme se réveille : ébloui par la vive clarté des lumières, et croyant retrouver dans l’éclat des lumières la pâle image du soleil, il lance son trille le plus joyeux. L’oiseau chante ainsi jusqu’à ce qu’il ait compris son erreur, puis s’arrête brusquement et reste muet ; dès qu’il manifeste de l’hésitation, on apporte une autre cage et on la démasque au moment où le premier artiste donne ses dernières notes.
Lisez le chapitre 10

du 26 juillet au 5 août 1881

La digue de Saveh. — Les tarentules. — Les fonctionnaires persans. — Entrée à Avah. — Visite à une dame persane. - Voyage dans le désert. — Arrivée à Koum. — Panorama de la ville. ~ Plan d’un andéroun. — Le gouverneur de la ville. Tombeau de Fatma. — Tombeaux des cheikhs. — Concert de rossignols *.

Les rossignols En l’honneur de notre dernière visite, le prince a organisé une ravissante fête de nuit. Au milieu d’un jardin brillamment éclairé s’ébat un troupeau de gazelles apprivoisées, tandis qu’une cage enveloppée d’un voile noir est suspendue aux branches d’un arbre. Un serviteur la découvre, le rossignol qu’elle renferme se réveille : ébloui par la vive clarté des lumières, et croyant retrouver dans l’éclat des lumières la pâle image du soleil, il lance son trille le plus joyeux. L’oiseau chante ainsi jusqu’à ce qu’il ait compris son erreur, puis s’arrête brusquement et reste muet ; dès qu’il manifeste de l’hésitation, on apporte une autre cage et on la démasque au moment où le premier artiste donne ses dernières notes.

Lisez le chapitre 10

du 20 au 24 juillet 1881
Départ de Téhéran. — Écarts de température entre le jour et la nuit. — Mamounieh. — La maison civile d’un gouverneur de province. — Arrivée à Saveh. — La mosquée. — Le minaret guiznévide. — Les biens vakfs.
 Les aléas des voyages Tout à coup je crois être le jouet d’un cauchemar. Quels sont les animaux que j’aperçois sur le sol et ceux qui se promènent sur ma figure? Je suis couverte de punaises laissées par les précédents propriétaires ; d’énormes araignées dont le corps est presque de la grosseur d’une fève sont descendues le long des murs de terre et courent sur le sol. Je me précipite vers la porte, j’arrache le rideau sur lequel j’avais fondé de si grandes espérances. La lumière du soleil envahit la chambre, les vilaines bêtes prennent la fuite et se cachent dans les trous des murailles. Nous n’avons pourtant pas conquis le repos : les guêpes et les mouches remplacent nos anciens adversaires et nous les font peut-être regretter. La température s’élève rapidement : à deux heures le thermomètre marque quarante-quatre degrés centigrades.
chapitre 9

du 20 au 24 juillet 1881

Départ de Téhéran. — Écarts de température entre le jour et la nuit. — Mamounieh. — La maison civile d’un gouverneur de province. — Arrivée à Saveh. — La mosquée. — Le minaret guiznévide. — Les biens vakfs.

 Les aléas des voyages Tout à coup je crois être le jouet d’un cauchemar. Quels sont les animaux que j’aperçois sur le sol et ceux qui se promènent sur ma figure? Je suis couverte de punaises laissées par les précédents propriétaires ; d’énormes araignées dont le corps est presque de la grosseur d’une fève sont descendues le long des murs de terre et courent sur le sol. Je me précipite vers la porte, j’arrache le rideau sur lequel j’avais fondé de si grandes espérances. La lumière du soleil envahit la chambre, les vilaines bêtes prennent la fuite et se cachent dans les trous des murailles. Nous n’avons pourtant pas conquis le repos : les guêpes et les mouches remplacent nos anciens adversaires et nous les font peut-être regretter. La température s’élève rapidement : à deux heures le thermomètre marque quarante-quatre degrés centigrades.

chapitre 9

du 7 juin au 15 juillet 1881
Audience royale*. -— Les neveux du chah. — Départ pour Véramine. — Campagne de Véramine. — La masdjed djouma de Véramine. — Une kalè (forteresse) sassanide. — Citadelle de Véramine. — Le ketkhoda rendant la justice. — Imamzaddè Yaya. — Les reflets métalliques. — La décoration en faïence. — Facéties royales. —- Tour et mihrab mogols — Imamzaddè Jaffary. — Retour à Téhéran. — Le platane de Tadjrich. — Mirza Nizam de Gaffary.
* audience royale  
- Votre majesté me permet-elle de lui présenter Madame et Monsieur Dieulafoy, deux de mes compatriotes arrivés récemment à Téhéran et auxquels elle a bien voulu accorder une audience, a dit le docteur Tholozan
- Comment ! ce jeune garçon est une femme ? a répondu le roi en persan 
Lisez le chapitre 8 

du 7 juin au 15 juillet 1881

Audience royale*. -— Les neveux du chah. — Départ pour Véramine. — Campagne de Véramine. — La masdjed djouma de Véramine. — Une kalè (forteresse) sassanide. — Citadelle de Véramine. — Le ketkhoda rendant la justice. — Imamzaddè Yaya. — Les reflets métalliques. — La décoration en faïence. — Facéties royales. —- Tour et mihrab mogols — Imamzaddè Jaffary. — Retour à Téhéran. — Le platane de Tadjrich. — Mirza Nizam de Gaffary.

* audience royale  

- Votre majesté me permet-elle de lui présenter Madame et Monsieur Dieulafoy, deux de mes compatriotes arrivés récemment à Téhéran et auxquels elle a bien voulu accorder une audience, a dit le docteur Tholozan

- Comment ! ce jeune garçon est une femme ? a répondu le roi en persan 

Lisez le chapitre 8 


Du 8 au 13 mai  1881 
Une maison à Azimabad. — Effets de mirage. — Arrivée à Kazbin. — Abambar (réservoir). — Le chahzadclè de Kazbin. — Superstitions. — Masdjed djouma de Kazbin. — Mystères de Houssein. — [Un chemin de fer qui vaut de l’or] - Imamzaddè Houssein. — [mirage *] Départ de Kazbin. — Arrivée à Téhéran.
* Mirage  La carte est déployée ; elle ne comporte aucune indication de nature à nous éclairer. Cependant , plus on avance, plus les eaux paraissent s’étendre sur la droite. Une forêt d’abord inaperçue  s’élève derrière ce rempart aquatique : je pousse mon cheval mais le lac semble fuir devant moi ;  les arbres revêtent des formes qui paraissent se modifier suivant le caprice d’une imagination en délire ; pendant plus d’un quart d’heure cette illusion de mes sens persiste, et les miroitements des rayons brûlants du soleil sur les ondes tranquilles éblouissent mes yeux ; puis tout-à-coup lacs et forêts disparaissent comme sous l’influence d’une baguette magique.
C’était un mirage.
Chapitre 6 

Du 8 au 13 mai  1881 

Une maison à Azimabad. — Effets de mirage. — Arrivée à Kazbin. — Abambar (réservoir). — Le chahzadclè de Kazbin. — Superstitions. — Masdjed djouma de Kazbin. — Mystères de Houssein. — [Un chemin de fer qui vaut de l’or] - Imamzaddè Houssein. — [mirage *] Départ de Kazbin. — Arrivée à Téhéran.

* Mirage  La carte est déployée ; elle ne comporte aucune indication de nature à nous éclairer. Cependant , plus on avance, plus les eaux paraissent s’étendre sur la droite. Une forêt d’abord inaperçue  s’élève derrière ce rempart aquatique : je pousse mon cheval mais le lac semble fuir devant moi ;  les arbres revêtent des formes qui paraissent se modifier suivant le caprice d’une imagination en délire ; pendant plus d’un quart d’heure cette illusion de mes sens persiste, et les miroitements des rayons brûlants du soleil sur les ondes tranquilles éblouissent mes yeux ; puis tout-à-coup lacs et forêts disparaissent comme sous l’influence d’une baguette magique.

C’était un mirage.

Chapitre 6 


29 avril - 7 mai 1881
Arrivée à Zendjan. — Les Babys. — Le camp de Tébersy. — Révolte religieuse. — Siège de Zendjan. — Supplice des révoltés. — Une famille baby. — L’armée persane. — Sultanieh. — Tombeau de chah Khoda Bendeh. — Les tcharvadars. — Exercice illégal de la médecine.
"Nous sommes descendus à la maison de poste. Le gardien du tchaparkhanè, m’ayant proposé de sortir de la ville, me guide vers de superbes jardins situés sur les rives d’un cours d’eau  légèrement encaissé. Des arbres fruitiers en plein vent mélangent leurs fleurs de couleurs différentes et forment des tonnelles sous lesquelles le jour peut à peine pénétrer.  Aucun obstacle ne vient entraver le développement naturel des branches que n’ont jamais torturées des piquets ou des fils de fer. « C’est le paradis terrestre sans la pomme », me dit-il, en me montrant ses vergers, Mohamed Aga khan, un des babys les plus puissants de Zendjan. »
chapitre 5 

29 avril - 7 mai 1881

Arrivée à Zendjan. — Les Babys. — Le camp de Tébersy. — Révolte religieuse. — Siège de Zendjan. — Supplice des révoltés. — Une famille baby. — L’armée persane. — Sultanieh. — Tombeau de chah Khoda Bendeh. — Les tcharvadars. — Exercice illégal de la médecine.

"Nous sommes descendus à la maison de poste. Le gardien du tchaparkhanè, m’ayant proposé de sortir de la ville, me guide vers de superbes jardins situés sur les rives d’un cours d’eau  légèrement encaissé. Des arbres fruitiers en plein vent mélangent leurs fleurs de couleurs différentes et forment des tonnelles sous lesquelles le jour peut à peine pénétrer.  Aucun obstacle ne vient entraver le développement naturel des branches que n’ont jamais torturées des piquets ou des fils de fer. « C’est le paradis terrestre sans la pomme », me dit-il, en me montrant ses vergers, Mohamed Aga khan, un des babys les plus puissants de Zendjan. »

chapitre 5